Une vie de talents …


Photographie / Thursday, January 11th, 2018

Jean-Marie a une vie pour le moins enivrante. Il a tout fait, ou tout ce qu’il pouvait faire. Un pro du changement de vie allant de photographe renommé à metteur en scène en passant par écrivain.

Ella Fitzgerald & Eddie Barclay, Cannes, 1958.

D’où vous vient cette vocation pour la photographie ? 

C’est ma situation familiale qui m’a porté vers la photographie.

Mon père, François Perier, était un grand acteur. Quand j’ai appris que mon géniteur était musicien, j’ai coupé les ponts avec la musique pour ressembler davantage à mon père. Je l’ai suivi pendant un tournage à Rome et quand je suis arrivé, on m’a mis un appareil photo dans les mains.

“Quand on ne sait pas quoi faire de son fils, on le met à Paris Match”

La chance me fit rencontrer un homme extraordinaire Daniel Filipacchi. Il était à l’époque photographe chez Marie-Claire. Un homme incroyable, insolant, provocateur, homme à femme mais surtout talentueux. Il m’engage à la suite de ça comme assistant dans son journal.

Et là, tout d’un coup, ma vie change.

“La seule chose qui importait pour moi c’était la musique. Le reste, je l’ai fait parce que il fallait s’occuper …”

Je commence la photographie en 62 avec Johnny Halliday, Sylvie Vartan, les Beatles, les Rolling Stones et tous ces gens-là. Et à cette époque, peu d’entre eux était connus. C’étaient des mômes qui démarraient. Les Rolling Stones n’avaient même pas encore enregistré de disque.

Est-ce que quelqu’un en particulier vous a influencé ? 

Daniel Filipacchi. C’était un génie. Il a été l’un des premiers à reconnaître l’important de la culture Américaine. Il a apporté le Jazz. Son émission sur Europe 1 venait de sortir, il avait une émission de jazz tous les soirs et un journal : Jazz Magazine.

Et un jour, il me propose d’accompagner Ella Fitzgerald et Dizzi Gillespie dans leur tournée. Et ma vie change. Il me traite comme un adulte, ma passion dans la vie c’est le jazz, mon Dieu c’est Miles Davis et tout d’un coup j’avais l’opportunité de photographier Miles Davis. Grâce à Filipacchi.

Miles Davis, Juan Les Pins, 1966

Avant de prendre les photos, Daniel m’a dit : « Je ne te demande qu’une seule chose, c’est que tes photos déplaisent aux parents ». Je n’avais aucune limite de moyens ni d’imagination ! Vous vous rendez compte de ce que c’est pour un photographe ! Aucune limite … C’est génial !

« Je ne te demande quune seule chose, cest que tes photos déplaisent aux parents »

A la suite de ça, je travaille avec lui 4 ans. Quand je reviens de la guerre d’Algérie , je retrouve Daniel qui me dit : viens on va faire un magazine de musique pour les Jeunes, est ce que ça te tente ? Moi évidement je réponds oui !

Et la boum ! Nous fondons Salut Les Copains ! Le premier journal en Europe qui parle de Rock et de Pop, musique à l’américaine. C’est un triomphe immédiat. Un tirage de 1 millions d’exemplaire au bout de six mois. Ça a été le succès des années 60 en France : la naissance de l’adolescence, les jeunes avaient à ce moment-là un pouvoir incroyable. Et ce pouvoir-là se traduisait par la musique puisque que c’est un langage universel.

“J’étais là ou il faut, au moment où il faut avec qui il faut ! “

Comment avez-vous appris à photographier ?

En photographiant. Tout simplement. Et c’est comme tout. Metteur en scène, photographe, écrivain. Un jour j’ai pris une caméra et j’ai fait un long métrage sur Jacques Dutronc.  En pratiquant et au fur et à mesure, on progresse.

Après je ne vais pas faire mon modeste. J’avais du talent. Il en fallait pour faire tout ça ! Je ne vais pas la jouer simple puisque j’ai commencé la photo ou le cinéma sans apprendre. Toute une carrière sans avoir appris. Doué sûrement, apte au bonheur en tout cas !

Mais j’ai arrêté net la photographie.

Comment en êtes-vous arrivé à réalise des longs métrages ?

Francoise Hardy,1965

Je suis sorti avec Françoise Hardy pendant 5 ans. Et après notre rupture, nous sommes restés meilleurs amis. Nous étions tellement proche qu’elle a voulu me présenter son nouveau copain : Jacques Dutronc. Comme toutes les femmes que j’ai aimées, j’aimais toujours Françoise. C’était donc une obligation pour moi d’aimer Jacques.

J’en suis tombé amoureux … au sens métaphorique bien sûre. C’était un type très différent des autres, très insolant, cinglé et beau ! J’ai d’ailleurs passé beaucoup plus de temps dans ma vie avec lui qu’avec elle. Je l’ai suivi pendant longtemps, je l’ai pris en photo, je l’ai emmené en voyage dans beaucoup de pays (Inde, Mexique, …). Plus je passais du temps avec lui, plus je me disais qu’il fallait faire du cinéma avec ce mec-là ! J’ai mis 4 ans à arriver à trouver l’argent, le producteur. Et un jour, j’ai donné tous mes appareils photos pour me consacrer uniquement à ça : faire un film pour Jacques Dutronc.

Et je n’ai plus fait de photos pendant 20 ans !

 

Quest ce qui selon vous fait la différence entre une bonne et une mauvaise photo ?

Là, nous parlons des années 60 – 70 ! L’époque était différente. Les jeunes avaient le pouvoir donc l’objectif était de faire des photos qui plaisent aux jeunes, des photos qu’ils allaient punaiser sur leurs murs de chambres. Aucunes photos n’étaient vraies, toutes étaient truquées pour faire rêver le pus possibles les gosses.

Alain Delon, St Tropez, 1966

Il y a une grande différence entre une photo formidable posé sur votre bureau et le même imprimée dans un journal : tout à coup, elle prend une valeur qu’elle n’avait pas avant ! Ce qui est bien, c’est quand une photo sert à quelque chose. Quand c’est une commande avec des limites.

Y-a-t-il une chose dont vous êtes particulièrement fier ?

Je suis surtout fier d’avoir pu changer de vie tous les 10 ans. Je trouve que ça c’est une chance mais aussi une drôle de décisions. Parce que tous les 10 ans, j’ai changé de métier, de pays de femmes, de tout !

En 80 quand je suis parti le 1er Janvier avec mes deux valises à New York parce que l’on m’avait proposé de faire des films publicitaires là-bas, c’est drôlement gonflé. Je connaissais une seule personne ! Et trois mois plus tard j’étais à la Columbia avec un contrat monstrueux.

« Jai été la mode pendant les années 60 puis ensuite rien ! Mais ce nest pas dramatique d’être rien ! Ce qui est dramatique cest de suivre la mode ! »

Bob Dylan, Angleterre, 1966

 

Pour finir, avez-vous des anecdotes sur votre carrière ?

Oui ! Avec James Brown.

Je suis allé aux USA pour 15 minutes de séance photo en 1966. Quand je suis arrivé chez lui, James était allongé sur une table de massage. Quelqu’un était en train de lui tirer les cheveux avec de la graisse d’oie pour les rendre raides. Et alors moi je faisais la queue derrière les personnes qui voulaient lui vendre des trucs. Sa secrétaire se penche vers lui et lui dit que je suis le photographe qui vient de Paris. C’était très impressionnant. Il me regarde et me fait juste un signe d’approcher avec sa main. J’approches et il me fait You …

J’ai pris un moment à réaliser qu’il parlait de ma couleur de peau. J’ai toujours été un peu bronzé mais ni blanc, ni noir ha ha ha! Et il me dit : Tu as vraiment de beaux cheveux toi !

Résultat, au lieu de me garder un quart d’heure, il m’a gardé dix jours ! J’ai fait toute la tournée. Ca s’est toujours bien passé même avec des gens pas facile.

 

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